Le Dict de Cassandre
Création en 1995 au MAD à Lausanne
Mise en scène : Jacques Roman
Avec : Barbara Baker, Dominique Favre-Bulle, Rita
Gay
Scénographie : Natacha Jaquerod
Jean Laude ethnologue, écrivain et poète français
De l'antropologie à la poésie, il y a un grand
pas. Ce pas, Jean Laude (1922-1983) l'a toutefois
franchi avec bonheur. Grand connaisseur des arts
africains et de la peinture moderne, il s'est
consacré à l'étude des ethnies et de leurs
structures sociales, puis à l'enseignement.
Membre du groupe surréaliste révolutionnaire, il
nourrit avec lui l'espoir de «faire de la poésie
un mode de connaissance et non plus un moyen
d'expression».
Mais très vite il sera en rupture avec le
mouvement d'André Breton dont il récuse
l'imagerie. Avec "Entre deux morts" (1947),
encouragé par René Char et Georges Bataille, il
entame une aventure poétique dont le cours
aboutira en 1982 au "Dict de Cassandre". C'est le
premier texte qu'il écrit pour le théâtre. C'est
aussi le dernier.
© Mario Del Curto
La parole faite chair
Entre une femme. Puis une autre. Et une autre
encore. Ce sont trois femmes, mais ça n'en est
qu'une. C'est Cassandre, devant le public
maintenant exposée. C'est Cassandre et en même
temps toutes les Cassandres. Toutes les femmes
qui, comme elle, ont connu l'horreur...
Trois femmes que le metteur en scène Jacques
Roman a voulues hiératiques comme des statues.
Derrière elles, accrochées au mur blanc, une
centaine de portraits photographiques. Des femmes
encore, convoquées ici, avec Cassandre, pour
faire face. Et puis, l'une après l'autre,
dévoilant leurs visages, ajoutant leurs regards
aux regards des cent autres, les trois statues de
chair prennent la parole.
C'est de ce lieu, à la fois ici et nulle part,
que Cassandre «arrache au silence l'impossible de
la parole», «parle ce qu'elle sait» et «voit ce
qui l'aveugle». Un lieu indécidable que Jacques
Roman ne cherche pas à désigner, soustrayant même
au public les repères du théâtre. Car il
travaille la lumière, le son, les costumes, le
corps des actrices, en les dépouillant de toute
surcharge. Chaque geste, chaque mot, chaque
corps, il les rend à eux-mêmes, à leur
insignifiance.
Il faut saluer ici ce magnifique travail et dire
aussi la formidable présence de ses trois
comédiennes : Barbara Baker, Dominique
Favre-Bulle et Rita Gay. Présence émouvante de
femmes qui s'affirment en s'oubliant dans les
mots. Allant jusqu'au bout d'elles-mêmes, elles
nous rendent proche une écriture à bien des
égards lointaine de nos préoccupations
quotidiennes. C'est
inestimable.
Gazette de Lausanne et Journal de Genève
Emerentia 1713
Création en 1997 au
CPO
à Lausanne
et tournée en Suisse romande
Mise en scène : Monica Budde
Avec : Rita Gay
Scénographie : Natacha Jaquerod
2003
- 2005
Récit musical avec Boulouris 5
CE SPECTACLE EST DISPONIBLE SUR DEMANDE !
S. Corinna Bille est née le 29 août 1912. Elle séjourna à Paris, voyagea, vécut aussi dans son Valais natal, dont la nature inspira profondément son œuvre. La liberté provocante de l'artiste et les traditions montagnardes furent le double héritage dont elle est parvenue à bâtir une grande œuvre littéraire.
Elle a publié des poèmes, des romans, des contes et de nombreuses nouvelles : "La Demoiselle sauvage" lui valut le Goncourt de la Nouvelle en 1975. Elle mourut à Sierre le 24 octobre 1979.
© Mercedes
Riedy
Le monologue des sentiments
Si Corinna Bille disait de son vivant qu'elle
s'était réveillée un matin écrivain, tout laisse
penser que celle qui la perpétue en donnant la
parole et le geste à ses mots a suivi la même
voie : celle du chemin qui s'impose.
Subrepticement, clandestinement.
C'est ainsi que Rita Gay s'octroye
majestueusement le pouvoir - maîtrisé et modeste
- de faire renaître l'auteur valaisanne et sa
lutte dédaléenne entre le réel et l'imaginaire à
travers Emerentia 1713. Une œuvre (elle fait
partie du diptyque Deux passions) enfantée dans
la douleur, «chair de sa chair» aimait à préciser
Corinna Bille. Un ouvrage qui se penche sur la
sorcellerie du début du XVIIIe siècle - et sa
punition, la mort - à travers le destin
injustifié d'une fillette de 7 ans. " La
comédienne romande récite l'histoire de la petite
Emerentia avec une perspicacité et une élégance
qui ne laisse pas de place aux lamentations.
C'est précisément ce qui l'emporte vers une
interprétation à la fois mesurée et mixte, vers
une gestuelle réservée mais dansante. C'est aussi
ce qui permet à ce conte valaisan - inspiré de
faits ayant existés - de prendre toute son
essence, à mille lieues d'une écriture escarpée à
l'image de sa terre d'origine.
Indubitablement, la voix de Rita Gay sert le
texte de Corinna Bille, relaye ses accès de
tendresse, ses excès de violence. Elle ne
dénature rien, suit la trame et l'âme du drame,
se love dans le moule d'une lectrice qui digère
ses lignes pour mieux les servir de mémoire
ensuite dans un monologue teinté de respect. A
tel point que l'intensité de la création de
l'auteur et la densité du jeu de la comédienne se
confondent. Corinna Bille et Rita Gay auraient pu
se connaître. Auraient dû se rencontrer. Pour
réinventer les sentiments et le mode de les
exprimer.
Presse Riviera Chablais, janvier 1998
La Bouche pleine de terre
Création en 2002 au
2.21
à Lausanne
et représentations à Genève et Neuchâtel
Mise en scène : Dominique Bourquin
Avec : Rita Gay et Christian Métraux
Scénographie et costumes : Gilles Lambert
L'auteur, Branimir Scepanovic, est l'une des
personnalités les plus originales de la
littérature yougoslave de l'après-guerre. Il a
l'art de saisir les problèmes essentiels auxquels
l'homme est confronté au sein des déchirements de
notre époque et il les exprime avec une
simplicité peu commune, sous la forme de
lumineuses paraboles. Né en 1937 à Podgorica
(Titograd), au Monténégro, il fait ses études
littéraires à l'Université de Belgrade. Il publie
ses premières œuvres à dix-sept ans. Il est
l'auteur de nouvelles, de romans et de scénarios
de films.
"La Bouche pleine de terre", publié en langue
française en 1974 aux éditions "L'Age d'Homme", a
connu un vif succès et a été salué par la
critique comme une véritable révélation. Traduit
dans de nombreux pays, il est considéré
aujourd'hui comme un classique de la littérature
serbe et universelle.
© Mercedes
Riedy
Face à une bouche pleine de vie
Un spectacle choc et beau par la plénitude tourmentée de son propos et par le jeu.
Quelle intensité! Comme, le fugitif de «La Bouche
pleine de terre», de Branimir Scepanovic, on
ressort à bout de souffle de cette expérience
théâtrale assez époustouflante par le
jusqu'au-boutisme de son propos.
Il faut faire courir le bruit que cette pièce est
un événement. Il faut ameuter la foule ou
peut-être, encore mieux, le dire à une seule
personne dans le creux de son oreille. Le lui
dire, comme si on lui disait «je
t'aime».
Car
ce texte dénonce les meutes, la bêtise
avilissante de ceux qui poursuivent un homme en
péril. Ce sont des barbares qui veulent la mort
d'un être faible en prise aux tourments
incessants de son cerveau et du vide de sa vie.
Un homme à qui la chair manque, à qui la mer
manque, un homme qui souffre à petit feu et qui
recherche la mort. Comme s'il allait enfin
trouver en elle l'apaisement nécessaire. Cette
évocation de l'univers de Scepanovic pourrait se
révéler bien austère, et c'est ce que l'on craint
dans un premier temps, face à cette
demi-obscurité. Mais petit à petit, comme les
lèvres d'une inconnue, «La bouche pleine de
terre» crache ses secrets, se délivre, se dénude.
Pour donner voix aux poursuivants et au fugitif,
Dominique Bourquin a choisi les corps et les
intonations de Christian Métraux et Rita Gay,
deux comédiens pleins de fougue, de ténacité, et
paraissant liés à ce texte, noués à ses mots,
enchaînés à ses phrases. Leur âme s'accroche à
l'intimité de chaque fragment de presque
vie.
L'Express de Neuchâtel, juin 2002
Neige
Création en novembre 2005 au
2.21
à Lausanne
et représentations à Sion et La Chaux-de-Fonds
Mise en scène : Dominique Bourquin
Jeu : Rita Gay et Heidi Kipfer
Percussions : Olivier Clerc
Scénographie et éclairages : Dominique Dardant
Costumes : Atelier Gare 7, Janick Nardin et
Caroline Chollet
Maxence Fermine compte parmi les jeunes
romanciers français. Il est l'auteur du "Violon
noir" (2000) et de "L'Apiculteur" (2001) qui ont
été salués par le public et la critique. Neige
est son premier roman paru en 1998. Cette courte
histoire se déroule dans le Japon raffiné de la
fin du XIXème siècle, quelques années après le
début de l'ère Meiji.
© Catherine
Meyer
De la «Neige» de printemps
Le spectacle commence dans le couloir et
s'agrippe déjà. d'inopinés élans de tendresse
s'enfilent sous le pull. On se laisse raconter ce
voyage initiatique sur les traces d'un jeune
homme dans le Japon du XIXe siècle la bouche
grande ouverte.
Les comédiennes s'amusent avec chaque phrase, la
dissèquent, l'arrêtent
Et pourtant... En 1999, lors de sa parution, le
texte de Maxence Fermine nous avait déplu par sa
trop évidence séduction, par ses métaphores
attendues, par son efficacité calculée. Mais la
complicité qui unit les deux comédiennes Rita Gay
et Heidi Kipfer, leur façon de s'amuser avec
chaque phrase, de la disséquer, de s'arrêter,
d'être attentives au moindre bruissement du mot
dans la bouche nous touche.
A coup de gongs, de mains qui effleurent les
bambous et de baguettes aux extrémités
cotonneuses le percussionniste Olivier Clerc
complète avec élégance cette distribution.
Projetés dans une fable
La metteure en scène Dominique Bourquin sculpte
les silences, la superposition des voix, les
décalages de rythmes, les incessants changements
de rôle entre maître, élève et serviteur assumés
par les comédiennes. Le jeu sur l'espace, le
miroir, le reflet de l'autre matérialise la
langue, lui donne un nouveau sens. On se sent
projeté dans une fable. Rita Gay exploite sa
sensualité grave, elle nous fait penser à Arsinee
Khanjian, la muse du réalisateur Atom Egoyan. La
féminité tout aussi troublante d'Heidi Kipfer
passe par un jeu plus ludique, presque enfantin.
La magie opère. Et quand la neige tombe, on
entend son frémissement et goûte à l'image avec
un plaisir cabotin. Quand des femmes s'insinuent
sous la peau d'un jeune homme en recherche, on
respire le beau.

